La Laponie Suédoise


    Au pays des grands saumons argentés


    mars 2002 par Jérôme Philipon

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      Au cours de son premier voyage en Scandinavie, Jérôme Philipon explore les eaux arctiques du nord de la Suède et découvre un patrimoine halieuthique extraordinaire et sous-exploité.La Scandinavie évoque des images de nature sauvage parsemée non seulement de lacs riches en truites et brochets mais aussi d’impressionnantes rivières où les remontées de truites de mer et saumons sont encore prolifiques. Bref : un vrai paradis !!!...

      Désireux de changer des destinations plus courrues que sont l’Ecosse et l’Irlande et par ailleurs enclin à vivre une expérience un peu plus sauvage, je me mettais en route le troisième samedi de Juin 2001 vers la province nordique de Vasterbotten, à peine à quelques heures au sud du cercle polaire arctique.

      la Laponie Suédoise La saison du saumon ouvrait le 19 Juin et l’espoir était bien réel qu’aprés quelques jours de rodage avec mon nouveau grand fouet à deux mains, je pourrais leurrer à la mouche un de ces grands saumons suédois. Jétais preparé à tout en terme de matériel (mouche, lancer...) et je comptais faire évoluer mon séjour au gré des opportunités, tantôt taquinant ombres et farios ou plutôt persévérant à la recherché d’un grand saumon argenté tout frais de la Baltique. Vu d’avion, les immenses forêts de pins sont tachetées de lacs et j’étais sûr d’y trouver brochets et perches considèrés par les locaux comme des espèces dignes de peu d’intérêt.

      Deux rivières - Byskealven et Lodgealven - et deux challenges différents

      la Laponie Suédoise Mon choix de destination avait été guidé par le fruit de lectures dans la presse spécialisée agrémentées par de nombreuses heures de recherche passées sur Internet. Mon plan était de pêcher deux rivières : Byskealven and Lodgealven. Le partage de ma semaine entre les deux serait dicté par les circonstances rencontrées.

      D’ici à ce qu’il pleuve sans discontinuer ou qu’à l’inverse les eaux soient trop basses.... Distantes l’une de l’autre de deux cent cinquante kilomètres, Byskealven et Lodgealven ont des caractéristiques variées et j’allais grâce à elles échantillonner un aspect des multiples ressources de ce pays.

      Des moustiques très accueillants...

      la Laponie Suédoise Malgré un atterissage à Skelleftea avec six heures de retard à cause d’une connexion manquée à Stockholm Arlanda, je me sentais soulagé que mes cannes aient survécues au transport dans la soute de l’avion. Par contre, j’allais être un peu moins enthousiaste vis à vis de l’accueil qu’allaient me réserver les moustiques à peine arrivé sur le parking de l’aéroport.

      Enfin, je m’empressais de prendre ma voiture de location et de filer plein nord à la rencontre de Carl Holmkvist, mon guide pour le lendemain.

      L’un des rares guides scandinaves certifié APGAI (Advanced Professional Game Angling Instructors), Carl exerce dans le sud du pays le métier de professeur d’anglais et de musique. Chaque été, il se rend dans le nord pour servir de guide durant la courte saison de pêche au saumon (19 Juin au 31 Août). Nous fîmes connaissance dans le village de Byske, juste le temps de prendre mon permis de pêche et d’acheter quelques subsistences pour les jours à venir. Après une demi heure de route goudronnée puis de piste dans la forêt, Carl me laissa vers vingt et une heures prés de sa caravane en bord de rivière.. Cela allait être mon camp de base pour les deux prochains jours. "La rivière, dit-il, a produit plusieurs saumons de trente livres cette semaine mais elle est en crue et il y a peu de chance qu’elle soit vraiment pêchante avant trois à cinq jours ."

      Avec ce commentaire encourageant à l’esprit, nous convenions de prendre rendez-vous le lendemain matin à 10 heures. Inutile de se lever tôt, la rivière n’allait pas baisser rapidement !

      la Laponie Suédoise Seul en pleine forêt, accompagné du chant nocturne des oiseaux et bercé par le grondement bien présent de la Byskealven, je rassemblais sommairement mon picnic et m’embarquais sur une piste de terre longeant la rivière en direction de Fallfors, le plus gros obstacle naturel traversé par le cours d’eau.

      Et là, quel spectacle ! Fallfors consiste en une chute d’une dizaine de mètres de haut précédée et suivie par d’impressionnant rapides qui pourtant n’ont pas l’air de décourager les salmonidés.

      En plus de l’ancienne passe à saumon ou j’eus l’occasion de voir pêcher au filet à la méthode traditionnelle, Fallfors bénéficie désormais d’un ascenceur à poisson tout neuf ainsi que d’une chambre de vision permettant l’observation des migrateurs. C’est a proximité que je dévorais mon sandwich me demandant comment j’allais bien pouvoir apprivoiser cette rivière tumultueuse...

      Gage de l’abondance de la faune locale, j’avais rien qu’à l’issue de la première demi journée pu observer un renard arctique, deux lièvres des montagnes à chaussettes blanches, plusieurs courlis (l’oiseau emblème de la province de Vasterbotten) sans oublier une incroyable femelle élan occupée à gouluement lécher une pierre à sel laissée là par l’ONF suédois.

      Le lendemain, après un débarbouillage rafraîchissant à la rivière, les choses sérieuses commencèrent vraiment. Carl m’emmena dans huit pools différents, montrant à chaque fois les accès à la rivière, corrigeant mes défauts de lancer et indiquant les meilleurs places où les saumons stationnent au cours de leur remontée. Sans surprise, les pêcheurs locaux sont très fervents de renard arctique.la Laponie Suédoise Leurs mouches sont à la fois montées sur hamecons simples ou doubles traditionnels et sur tubes plastiques ou lestés. A cette occasion, je découvrais l’utilisation de cone heads argent ou or placées en tête de tube afin d’alourdir l’ensemble.

      D’un point de vue technique, la coutume est de lancer à quatre vingt dix degrés en plein travers de la rivière plutôt que de manière traditionnelle trois quart aval. A cause de la force du courant pesant sur la soie, la mouche nage donc assez vite. Le mouvement naturel des poils de renard arctique peut même être accentué par des actions de scion. Le moulinet est réglé au plus mou, juste assez dûr pour que le courant ne déroule pas de soie. Il est en prise directe avec la mouche, les mains restant bien à l’ecart de la soie en cas d’attaque féroce d’un grand saumon.

      Byskealven, la "Morrum du Nord"

      La Byskealven constitue la plus grosse rivière de forêt suédoise atteignant par endroit des largeurs de cinquante à plus de cent mètres. Des rivières plus larges existent bien encore plus au nord telles que Kalixalven et Tornealven mais l’ampleur des courants, chutes et rapides de Byskealven en font déjà un très sérieux challenge.la Laponie Suédoise Les berges sont souvent plantées d’arbres et nécessitent un minimum de maîtrise en Speycasting. Le lit est couvert de gros rochers rendant la marche dans l’eau assez piégeuse. Prévoir absolument un baton de wading et des semelles de feutre.

      La rivière présente un visage varié avec des queues de pool relativement douces où les migrateurs se reposent après avoir affronté les chutes, des passages profonds et lents, des plats idéals pour la mouche et de nombreuses successions de rapides où seuls les remous de bordure sont pêchables. Comme partout, il n’y a pas de secret, les pools les plus difficiles d’accès subissent une pression de pêche plus restreinte et puisque les droits appartiennent à une association et non à un privé, il est important de s’adjoindre les services d’un guide local. Il vous emmène dans des pools moins fréquentés, plus sauvages et tout aussi bons. Quoiqu’il en soit la densité de population au nord de la Suède est très très faible : hormi le jour de l’ouverture, on se bouscule rarement au bord de l’eau.

      Sous les bons soins de Carl, la journée passa très vite, juste interrompue par un repas typique à base de grillade de viande de renne cuisinée au feu de bois prés d’une hutte de pêche. Pas la moindre trace d’un saumon et pour seule consolation, quelques touchettes d’ombres pas découragés par la mouche taille six. Le soir, en rejoignant la voiture, nous ramassames les plus grosses morilles que j’ai jamais vues. Jusqu’à une livre en poids et deux fois la taille de mon moulinet à saumon, de quoi faire une superbe poêlée que je dégustais de retour à la caravane.

      la Laponie Suédoise Grand soleil et niveau d’eau à la baisse furent au menu le lendemain et j’insistais sans résultat jusqu’à trois heures du matin. . A cette époque de l’année, bien que le soleil se couche effectivement pendant quelques heures, il fait jour vingt quatre heures sur vingt quatre et les pêcheurs ont la possibilité de sortir pendant les heures fraîiches entre dix et trois heures du matin, là où les poisons sont les plus actifs.

      Les locaux faisaient courir le bruit de saumons finissant à l’épuisette et j’eus d’ailleurs l’occasion d’apercevoir depuis la berge d’en face un pêcheur venant à bout d’un modeste sept ou huit livres. Deux mille saumons furent comptabilisés à l’échelle de Fallfors en 2001 avec au final cinq cents prises avec la plus grosse culminant à 33 lbs. Pas mal pour une courte saison durant seulement deux mois et demi ! Quant à moi, avec des eaux encore trop fortes et un soleil très présent, je me mettais en route vers Lodgealven afin de tenter ma chance à la découverte d’une autre rivière.

      Lodgealven : au paradis des moucheurs !!!

      la Laponie Suédoise Moins connue que la Byskealven où un permis au saumon à la journée coûte un modeste 80 Frf, la basse Lodgealven gérée par Lodgealvens FVO est accessible pour la somme ridicule de 35 Frf par jour. Ici, à l’inverse d’autres rivières des environs, pas de dégats causés par l’hydroélectricité mais un écosystème néanmoins rescapé des ravages du passé.

      L’industrie du papier a fait payer un lourd tribu à la rivière en nettoyant les fonds des enrochements qui constituaient autant d’obstacles au flottage des billes de bois - et de caches ou territoires à truites. Fort heureusement, ces pratiques sont aujourd’hui reléguées au rang des mauvais souvenirs, tant est si bien que Lodgealven est désormais décrite comme "la meilleure rivière du nord suédois où tremper une mouche". Parmi les espèces on compte de riches populations de saumons, truites de mer et ombres. Harry Salmgren, un guide local qui fut l’un des tout premier à promouvoir Lodgalven auprés des pêcheurs étrangers, compare l’écosystème en amont de Fallfors à celui de la péninsule de Kola réputée pour ses farios sauvages de six à huit livres.

      Grâce à mes recherches sur Internet , je possédais des contacts locaux à la fois à Nordmaling prés de l’estuaire et cinquante kilomètres plus dans les terres à Bjurholm. J’allais passer le reste de ma semaine à perséverer encore un peu au saumon sur le parcours de Lodgealvens FVO avant d’aller explorer la même rivière mais beaucoup plus en amont où elle est réputée pour ses ombres et farios.

      Six mois d’hiver font des Suédois un peuple accueillant et trés chaleureux

      la Laponie Suédoise Tout au long de mon séjour, les Suédois se montrèrent amicaux et désireux de partager leurs fantastiques ressources halieuthiques. A de rares exceptions, ils parlent un anglais très bon, ce qui facilite grandement les choses. L’accueil le plus chaleureux fut prodigué par Rickard Sjostrom qui gère www.Laxguiden.com, un site Internet spécialisé dans la pêche des salmonidés en Vasterbotten.. Cela faisait des mois que nous discutions par e-mail afin de préparer ma venue et Rickard eut la gentillesse de me montrer la rivière. Nous pêchames ses pools favoris et virent plusieurs marsouinages bruillant même si au final, la chance ne fut pas avec nous. Etudiant à l’université d’Uméa, Rickard me guida comme un vrai professionnel et confirma le fort potentiel de Lodgealven pour les moucheurs. Moins profonde que Byskealven, elle est aussi moins large et puissante, suivant son cours aux méandres plus doux mais pleins de caractère. La pêche y est on ne peut plus sauvage avec des pools comme Tobole ou Klose où la nature est encore intacte. A chaque instant, on s’attend à voir surgir l’un des rares ours bruns de Scandinavie. L’accès aux pools se fait par des pistes de bonnes qualité et en une seule nuit, nous observâmes trois élans.

      la Laponie Suédoise Les Suédois sont amateurs d’activités en plein air et leurs goûts sont reflétés dans l’infrastructure pour les pêcheurs : même les pools les plus éloignés comportent des toilettes. Un conseil de prudence quand même : les guèpes trouvent ces petites cahutes en bois tout à fait idéales pour y construire leur nid !!!

      Pendant deux nuits, je dormais gratuitement dans un robuste chalet de bois construit à vingt mètres de la rivière par le club de pêche local. Parti sans sac de couchage, je bénéficiais même de celui d’un pêcheur local qui rentrait chez lui après plusieurs jours de camping au bord de l’eau.

      Les bed & breakfast" existent bien en Suède mais au nord, la densité de population est si faible qu’il est préférable de réserver. Pour les amateurs, le camping sauvage est une solution très acceptée puisque les lois suédoises autorisent de planter sa tente pratiquement partout.

      Gammelgarden, parcours d’entrainement lors du dernier Championnat du Monde de Pêche à la Mouche organisé par la Suède en 2001.

      la Laponie Suédoise Plus en amont de Normadling, Gammelgarden offre une aventure à mi chemin entre le couchage rudimentaire expérimenté en début de semaine et un lodge trois étoiles avec tout le confort. C’est là que j’allais finir mon séjour. Situé en pleine forêt dans un cadre idéal en bordure d’un lac traversé par la Lodgealven, Gammelgarden bénéficie de l’expérience de Harry Salmgren, multi récidivistedu Championat du Monde de la Pêche à la Mouche. Des chalets en bois avec cheminée et un tepee traditionnel du peuple Lapon Sami contribuent à l’atmosphère authentique et reposante du lieu. Harry et Nicke, les deux guides, sont responsables d’un parcours privé de trente kilomètres ou abondent grosses farios et ombres arctiques. Un tunnel construit depuis quelques années sous Fallfors (chutes infranchissables du même nom que sur Byskealven) permettra aux futures générations de saumons et truites de mer d’accéder à des kilomètres supplémentaires de bon gravier à fraie.

      Je restais au camp trois jours découvrant différents pools en quête de ces énormes farios qui avec leur large dorsale forment un "V" annonciateur lorsqu’elles poursuivent avec agressivité une mouche dérivant rapidement sous leurs yeux. A vrai dire, tous les members du groupe -hormis votre serviteur- eurent leur part de réussite à ce jeu excitant. Le plus gros de ces leviathans accusant huit livres sur notre balance virtuelle - ce parcours privé applique en effet une politique catch & release stricte. Le nombre de prises varie selon les jours ; probablement entre cinq et trente poissons avec un panier mixte de farios et d’ombres. Plûtot que de la très grande quantité, il s’agit de prises parfois limitées mais de trés haute qualité. Si un ombre de cinquante centimètres à la superbe robe bronze vous tente, vous avez sonné à la bonne porte !

      Un bilan très positif et la promesse de nouvelles aventures dés l’été 2002

      la Laponie Suédoise Toute la semaine, le temps fut excellent - peût-être trop- et la Suède apporta son lot d’histoires mémorables au bord de l’eau. Chapeau bas aux Suédois pour leur accueil chaleureux. Leur pays renferme des ressources halieuthiques extraordinaires et encore sous-exploitées.

      Les opportunités pour apprendre auprés de guides compétents sont légion : Czech nymphing, mouche sèche, noyée, sans oublier les excursions aux brochets à la mouche sur le lac de Gammelgarden. Pourtant même en Suède, la pêche au saumon garde son haut degré d’incertitude et je rentrais bredouille à la maison. Bredouille que je vais sans aucun doute rectifier en 2002 !!!

      Un dernier mot à propos des moustiques, beaucoup d’histoires sont exagérées à leur sujet mais certainement pas toutes. Oubliez l’anti-moustique à vos risques et périls.

      AUTRES SOURCES D’INFORMATION

      Guides

      Byskealven-Carl Holmkvist
      Lodgealven Gammelgarden Camp - Harry Salmgren
      Rickard Sjöström

      Voyagistes Spécialisés

      Deep
      Forest

      Top 10 Fishing Sweden

      Projet Laponie, mission touristique de développement de la pêche

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