L’autre Colombie Britannique (1ère partie)


    28 avril 2006 par Florent Million

      La province de Colombie Britannique est la plus occidentale du pays. Bordée par l’océan Pacifique à l’ouest, ses 947 800 km² partagent leurs frontières avec l’Alaska, le Yukon, l’Alberta, les états de Washington, de l’Idaho et du Montana. Comme sur tout le continent américain, on est fasciné par les immenses étendues. Cependant trois chiffres résument bien le potentiel halieutique de ce territoire : 62,9 % de forêt, 3 % du sol cultivable, 24 000 lacs et rivières, le tout sur une province grande deux fois comme la France.

      Il faudrait une vie pour pouvoir dire que l’on a fait le tour de ce territoire, et encore, cela ne serait peut être pas vrai.

      Colombie Britannique

      La Colombie Britannique, quand on aborde la question de la pêche à la mouche, est une référence pour la pêche des migrateurs sur toute sa côte Ouest, en particulier la truite steelhead sur la rivière Skeena, l’une des plus réputées.
      Je vous propose à travers cet article d’aller découvrir l’autre Colombie Britannique, celle de l’est, plus précisément au sud-est dans la région de Kootenay.

      Nous sommes ici dans les Rocheuses, à quelques kilomètres de la frontière américaine, dans la petite ville de Fernie. Cette région est dédiée au tourisme et on retrouve toutes les activités propres à la montagne en fonction des saisons.

      Colombie britannique Lorsque l’on est pêcheur, pas besoin d’attendre Fernie pour commencer à vibrer. En venant de Calgary, la highway numéro 3 longe la Elk river et la route paraît tout de suite plus longue pour se rendre au Kootenay Fly Shop chercher sa licence. La réglementation en Colombie Britannique est un peu spéciale. Le prix du permis de pêche varie en fonction du lieu de domicile. Pour un étranger, par exemple, la licence pour 8 jours coûte 56,50 dollars ; à cette somme il faut rajouter quotidiennement 21,40 dollars pour pouvoir pêcher l’un des systèmes (rivières classées) du secteur. Un système est composé d’une rivière principale et de ses affluents, il n’est pas possible de faire deux systèmes dans la même journée. Cette réglementation peut paraître un peu lourde mais elle a pour but de réguler la pêche afin de préserver le milieu, et ça marche !

      La Elk river est donc la première rivière que l’on rencontre et coule du nord au sud. Elle se divise en deux parties, la partie haute et la partie basse, la ville de Sparwood faisant office de limite. Fernie étant au sud de Sparwood, je vous parlerai de la partie basse de la rivière. Entre les deux secteurs on ne peut pas vraiment dire que l’un est meilleur que l’autre, à mes yeux la partie basse est celle que l’on peut pêcher en drift boat à cause de sa largeur.

      Colombie britannique C’est une rivière assez large, environ 70 mètres. Comme tous les cours d’eau du territoire c’est une rivière de montagne à l’eau claire et rapide. A quelques rares endroits, on peut traverser quand la rivière est à son niveau d’étiage, mais attention les courants sont puissants et un bâton de wading peut s’avérer utile. Le pêcheur à la mouche peut rencontrer 3 variétés de salmonidé : la truite cutthroat, la bull trout et la truite rainbow.
      La bull trout se pêche exclusivement au streamer, quelques juvéniles peuvent être pris en nymphe ou en sèche mais si on veut vraiment parler sérieux il faut entamer la discussion avec des streamers lestés d’au moins 7 centimètres. C’est un omble qui vit dans les parties les plus profondes de la rivière. Le mâle se distingue de la femelle par un ventre orangé et un dos vert olive parsemé de gros points rouges, alors que la femelle a une livrée plus claire avec un dos tirant sur le gris avec des points blanchâtres.

      Colombie britannique Ce poisson est en protection totale, il est l’un des emblèmes de la Colombie Britannique. La bull trout peut atteindre un poids de plus de 7 kg et une taille de 70 centimètres, le record est lui de 11,70 kg. C’est un poisson qui se mérite, il serait faux de croire que l’on peut en prendre 10 par journée. Après avoir été menacée de disparition, sa population est de plus en plus importante. Le pêcheur qui se donne comme objectif d’en prendre une a toutes les chances de son côté. Pour cette pêche l’utilisation d’un guide est recommandée.

      Les nombreux courants de la Elk nous invitent naturellement, en pêcheur français, à vouloir utiliser la nymphe. C’est une erreur car la pêche en sèche est très bonne y compris pour les gros poissons. La truite cutthroat est une espèce d’arc-en-ciel qui se nourrit principalement d’insectes. Sa population est bien supérieure à celle de la rainbow sur la Elk, si bien que la prise de cette dernière est assez accidentelle, sauf sur quelques secteurs aval précis.

      La cutthroat a volontiers le nez en l’air et c’est en sèche qu’il faut aller la chercher. La meilleure saison va de la fin du mois de juin à la mi-octobre. En journée, il est important d’utiliser de grosses mouches, pas une éphémère sur hameçon de 12 mais une yellow stone fly ou une sauterelle en foam sur hameçon de 06 ou 08. Si la mouche est trop petite elle n’intéressera pas ou peu, par contre pour une bonne bouchée les « cutt » viendront gober violemment votre artificielle. Elles peuvent accuser un poids de 4 livres et un petit poisson mesure 30 centimètres. Leur défense n’est pas aérienne comme celle d’une rainbow ; à l’image de nos grosses farios elles vont aller chercher le fond en s’appuyant sur les courants. Une journée à 20 poissons est considérée comme une journée classique sur cette rivière. La robe des truites cutthroats est brunâtre avec des points noirs, le ventre est plus orangé. C’est LA truite de l’Ouest américain.

      Colombie britannique La rivière Elk serpente au milieu des montagnes et offre un grand nombre de postes pour le pêcheur à pied. Malgré sa largeur elle se pêche donc très bien depuis le bord, le drift boat est utile pour pêcher certains courants centraux et pour parcourir plusieurs secteurs sur la même journée. Le fond est composé de galets et la progression est assez aisée, la densité de poissons fait que l’on n’a pas besoin de parcourir des kilomètres pendant sa journée. Il est possible de pêcher aux abords de la ville de Fernie, le poisson est partout. A défaut d’être nombreux, les accès à la rivière sont faciles. En se dirigeant vers Elko au sud, il faut traverser la rivière au pont de Morissey pour ensuite prendre la piste forestière qui longe la rivière. Ce n’est certainement pas la rivière la plus sauvage de Colombie Britannique mais la qualité est déjà là.

      La rivière Elk ne doit pas faire oublier les nombreuses petites rivières qui viennent la grossir, je citerais entre autres la Michel creek à la hauteur de Sparwood. Malgré sa dimension plus modeste, elle renferme des poissons de belle taille mais est pourtant très souvent délaissée,Colombie britannique même par les pêcheurs locaux. Suivant le moment de la saison et les conditions climatiques, les grosses truites de la Elk viennent y trouver refuge et certaines y établissent leurs quartiers pour tout l’été avant de rejoindre la Elk durant l’hiver.

      En se dirigeant vers la frontière américaine, la Elk river reçoit les eaux de l’une de ses rivières tributaires, sauf que celle-ci est considérée comme un système à part entière, « welcome to the Wigwam paradise » !

      La rivière Wigwam est peut être ce que tout pêcheur de truites rêverait un jour de croiser ; quand on parle de cette rivière, le plus difficile est de rester objectif. Ce cours d’eau n’est praticable qu’en waders, pas de drift boat ni de pontoon. On ne peut y accéder que par le réseau de pistes de la réserve naturelle de Mount Broadwood. La Wigwam est une rivière sanctuaire pour la Bull Trout, elle est en « catch & release » sur toute sa longueur et la taille des poissons a de quoi laisser rêveur. De fait, on pourrait croire que nous avons affaire à des poissons sur-éduqués, mais non. Cela s’explique par la migration « locale » des truites cutthroats et des bull trouts. En début d’hiver la rivière se vide littéralement de tous ses occupants pour le frai, les bulls rejoignent le lac Koocanusa alors que les cutts restent dans la Elk. Au début du printemps les poissons remontent pour prendre les postes en vue de la saison estivale, mais tous les salmonidés de l’année précédente ne reviennent pas forcément et il s’effectue un roulement naturel des effectifs.

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      Colombie Britannique
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