Patience sur la Wensum


    28 avril 2006 par Terry Lawton

      Ce premier article d’une série sur la préservation et la restauration des milieux propices aux truites sauvages voit Terry Lawton nous faire part de son expérience sur la rivière Wensum.

      Patience sur la Wensum

      L’individu ou le groupe d’enthousiastes considérant le lancement d’un projet de restauration d’une rivière à truites sauvages doit savoir que c’est un travail de longue haleine. Améliorer l’habitat d’une rivière à truites sauvages ne se fait pas en un jour, ni même en quelques mois. Cela prend plusieurs années. Mais pour ceux qui ont la patience, la détermination et l’énergie, la récompense est au bout du tunnel.

      Les membres de la Bintry Mill Trout Fishery (BMTF) sur la rivière Wensum dans le Norfolk en Angleterre avaient depuis plusieurs années amélioré leur rivière en faisant du rapiéçage avec les meilleures intentions du monde mais sans véritable plan à long terme ou assez de connaissance sur leur habitat local pour établir un plan robuste. Nous attrapions un nombre limité de petits poissons de souche sauvage avec l’occasionnel monstre jusqu’à 5 lbs. En fait, un poisson de 5.2 lbs fut pris en 1995 sans que ce record soit depuis égalé. En 1997, le comite décida que le club avait besoin d’une aide professionnelle et d’un plan. Puisqu’à l’époque, le programme de visite d’inspection conseil du Wild Trout Trust (2) n’existait pas, nous avions contacté un consultant halieutique, Nick Giles, et organisèrent pour lui une visite de la rivière en Avril 1998. Nick Giles passa un jour sur la rivière à la suite duquel il produisit un rapport. Le comité fit alors une présentation à l’Environment Agency (3) et ce fut le début d’un long et lent processus qui aboutit en 2001, année au cours de laquelle le Wild Trout Trust (WTT) sélectionna nos travaux pour son prix de préservation dans la catégorie professionnelle.

      Les recommandations clefs du rapport de Nick Giles furent endossées par le Ministère de l’Environnement et inclues dans un plan produit par Simon Johnson, l’officier du ministère alors en charge de la pêche. Travailler avec le ministère allait s’avérer être une expérience contrastée mais fut essentiel du fait du contrôle exercé par cette structure étatique sur ce qui peut et ne peut pas être fait sur un cours d’eau et par le besoin de son autorisation. Le gros prix à payer fut le temps : le temps passé en correspondance, en réunion et à attendre que des décisions soient prises. Mais la récompense fut qu’en partenariat avec la Bintry Mill Trout Fishery, l’Environment Agency managea, finança et mena à terme les travaux à une échelle qui aurait été totalement hors de portée de la BMTF.

      Réaliser des travaux d’amélioration de l’habitat implique l’utilisation d’équipement lourd et beaucoup de matériaux. Votre rivière permet-elle l’accès aux engins de travaux publics ? Les berges peuvent-elles supporter le poids des équipements ? Y-a-t-il un endroit ou effectuer la livraison des pierres et graviers ? Les routes, chemins et barrières sont-ils assez larges ?

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      Le premier travail consista à créer sept radiers en utilisant environ mille tonnes de pierre et de gravier. Ces radiers allaient accroître la variété de l’habitat piscicole, fournir de larges surfaces d’eau bien oxygénée, servir de zone de fraie potentielle et contribuer à l’intérêt de la pêche. Un gros camion benne Volvo servit à transporter le gravier et à le déposer dans la rivière avant qu’il soit positionné dans le lit par une pelleteuse à long bras. Une berge fut clôturée afin d’empêcher le piétinage par les bovins et la destruction de la végétation à des fins alimentaires. Les portions de berge endommagées durant les travaux ont récupéré très vite et la végétation rivulaire a poussée de manière prolifique offrant même une protection aux poissons. Par endroits, la repousse a été telle qu’elle va devoir être contrôlée afin de préserver l’accès pour la pêche. Des parcs clos furent construits sur la partie extérieure de deux méandres et de chaque coté de deux places où les vaches viennent s’abreuver directement dans le lit. Arbres et buissons y ont été plantés. L’accès aux deux abreuvoirs naturels à vache fut empierré afin de limiter l’apport de sol dans la rivière. Les abreuvoirs naturels ont toujours été une source d’envasement mais le design mis en place a permis de réduire l’apport de sol.

      Rapide saut en avant dans le temps pour s’arrêter en Septembre 2005 où toujours en partenariat avec le Ministère de l’Environnement, les membres du club rétrécissèrent une portion de rivière par implantation de fagots de bois pour former une nouvelle berge. Un terreau crayeux fourni par un fermier local servit à remblayer la nouvelle berge ainsi créée. Cet exercice semble maintenant très lointain et les berges de rivière sujettes à ce traitement se sont solidifiées, puis recouvertes de végétation. Elles ont pris un aspect très proche des endroits restés en l’état. Après ce travail de rétrécissement du lit, nous construisîmes un radier avec à sa base des déchets de carrière et en surface des graviers à granulométrie propice à la fraie.

      Nous commençâmes les opérations avec un camion benne de 25 tonnes pour livrer pierre et terreau calcaire mais réalisâmes bien vite qu’il s’enfonçait jusqu’aux essieux et traçait de gros sillons dans l’herbe bordant les rives. Le dégâts aux berges furent alors réduits en passant à un Hydréma plus petit mais mieux adapté grâce à ses pneus spéciaux. Il fut impossible de déverser déchets de carrière et graviers de surface directement dans la rivière à cause des clôtures mises en place dans le cadre des travaux originels. Les matériaux furent déposés en piles sur la berge et mis en place à l’aide de la pelleteuse. Cette méthode fonctionna puisqu’elle permit un grand degré de précision dans la dépose de chaque godet de gravier.

      Patience sur la Wensum

      Nous aménageâmes un autre radier plus en amont, cette fois-ci sans réduction de la largeur du cours d’eau, ainsi qu’un long lisse de prés de 100 mètres sur la partie amont du parcours qui avait déjà faite l’objet d’un rétrécissement. Le premier des radiers se trouvait sur le parcours aval connu pour être moins péchant que l’amont. Les truites prirent position sur les nouveaux radiers en à peine quelques heures et certaines arrivèrent même alors que le placement du gravier dans le lit de la Wensum était toujours en cours. En fait, un poisson échappa de justesse à son sort en évitant le contenu d’un godet de gravier ! Une autre truite choisit une légère dépression sur le fond et il fallut l’en chasser afin de ne pas l’ensevelir. Les deux radiers et le grand lisse furent construits en trois jours de labeur intensif, aidés par un conducteur de pelleteuse visiblement intéressé et la fille du fournisseur de pierres qui conduisit avec panache le camion benne le long des champs adjacents. Beaucoup de réflexion et de planification étaient entrées en jeu dans le projet en terme de mesure et de marquage de telle sorte que nous sachions quoi faire et où.

      Patience sur la Wensum

      Le poisson est resté sur les radiers et de la truite sauvage a été prise dans des lieux où elle n’avait pas été vue auparavant ce qui constitue la preuve positive que la zone d’habitat favorable à la truite s’est accrue. Bien qu’on ne puisse qualifier la saison 2005 de bonne, nous primes le plus grand nombre de poissons sauvages jamais atteint. Et ceci au cours d’une saison marquée par un effort de pêche limitée surtout à cause d’un temps peu clément. - Texte et crédits photos : Terry Lawton - traduction : Jérome Philipon


      (1) club de pêche du Moulin de Bintry
      (2) fondation charitative
      (3) Ministère de l’Environnement couvrant Angleterre et Pays de Galles
      (4) Matériau de remplissage le meilleur marché, non lavé et non trié. C’est un produit de l’extraction des pierres et graviers.

      Le plus aval des sept radiers installés par Simon Johnson , impliqué dans la restauration de la rivière Wensum depuis de nombreuses années. La clôture en bois fait partie de l’abreuvoir et empêche les animaux d’entrer dans le lit de la rivière. La croissance de la végétation rivulaire rend maintenant nécessaire une taille.

      Installation des fagots : Des fagots de bois furent fixés par les membres du club grâce à des pieux et liés entre eux avec des fils métalliques. Du terreau crayeux local fut utilisé pour remblayer derrière les fagots. La craie se solidifie rapidement et se trouve colonisée par la végétation.

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