Intérêt d’une limite annuelle des prises


    mai 2001 par Michel Fabing

      Dans notre société de pêche, nous avons instauré un carnet de pêche depuis 1991. Beaucoup de pêcheurs ne comprennent pas l’intérêt d’un tel carnet et le considèrent comme un moyen de répression...

      Nous avons limité le nombre total de prises à soixante dix poissons par pêcheur et par an. C’est une mesure symbolique sans aucun effet sur la qualité de la pêche mais elle est mal perçue par le pêcheur de base puisqu’il considère cette mesure comme la conséquence de l’instauration du carnet de pêche.

      La société gère une petite rivière de quinze kilomètres de long sur un plateau calcaire de l’Est de la France. Sa largeur varie de cinq à quinze mètres et la profondeur de centimètres à deux mètres. Elle est coupée en trois tronçons par des barrages infranchissables (seuil de micro centrale, peu de frayères et quasiment pas de tributaires pouvant jouer le rôle de frayères).

      Nous alevinons chaque année avec quatre vingt mille alevins à résorption de vésicule en avril, plus deux cent kiols de farios de vingt sept à trente cinq centimètres et deux cent kilos d’arcs de vingt sept à trente cinq centimètrescm une semaine avant l’ ouverture. Depuis 1970, la maille est à vingt cinq centimètres et le nombre de prises par jour est limité à cinq poissons. La taille des truites après trois hivers est de vingt cinq à vongt sept centimètrescm à l’amont du parcours et de vingt huit à trente deux centimètres à l’aval du parcours.Nous sommes quatre cent pêcheurs en moyenne.

      Le taux de retour des carnets de prise varie de soixante à soixante dix pour cent, ce qui est élevé par rapport à d’autre société de la région où l’on atteint quinze à trente pour cent.

      Ce qu’il faut retenir  :

      35 à 40% des pêcheurs déclarent de 1 à 10 truites/ an
      60 à 70% des pêcheurs déclarent de 1 à 20 truites/ an
      5 à 10% des pêcheurs déclarent plus de 50 truites/an.
      5 à 8% des pêcheurs déclarent 0 truites

      La notion de partage de la richesse piscicole est inconnue en France surtout au niveau des pêcheurs de base, alors qu’ils sont souvent les premiers à réclamer le partage des fruits de la croissance.
      Pour eux s’ils prennent du poisson c’est qu’il sont bon pêcheur.Ce n’est pas parce que d’autres remettent leur poisson à l’eau ou parce que la truite est le carnassier le plus facile à pêcher car pratiquement toujours en activité.

      On viande par bêtise ou par ignorance. Je l’avoue j’ai viandé par ignorance il y a une vingtaine d’année lorsque j’ai débuté en écoutant les tartarins, les messieurs trois cent truites, les brontosaures de tout poil qui se vantaient au bord de la rivière.

      La ressource d’une rivière est limitée.Théoriquement elle est facile à calculer,elle est définie par la productivité .La productivité représente la masse de truite produite par la rivière en 1 an pour pérenniser la population.Elle est égale à la moitié de la biomasse totale de truites.

      En 1910 le professeur Léger de Grenoble publia un petit bouquin avec des formules simples encore utilisées aujourd’hui, l’une concerne la productivité : P=B*LP identifie la productivité en kg/km de rivière, B la capacité biogénique et L la largeur de la rivière en mètre.

      B la capacité biogénique de LEGER est un coefficient qui varie de un à dix. Elle se calcule de manière très empirique selon l’œil du spécialiste ( faune flore fond bordure altitude température etc ...)

      Cours d’eau riche B entre 7et 10
      Cours d’eau moyen B entre 4 et 6
      Cours d’eau pauvre B entre 1 et 3

      De toute façon en France tout le monde pêche des cours d’eau moyens.

      Les bonnes années P = 6*L
      Les mauvaises années P = 4*L

      En théorie et en réalité les pêcheurs ne prélèvent pas toute la productivité puisque les truites inférieures à la maille ne sont pas prélevées .D’après les scientifiques du CSP trente à cinquante pour cent de la productivité est prélevée par les pêcheurs. Nous considérons que tout est prélevé pour majoré un peu les chiffres.

      Il faut connaître le poids moyen d’une truite prélevée sur votre parcours. La formule suivante permet de calculer le poids d’un salmonidé, essayez comparez ça marche.

      Poids ( grammes) = L(cm)*L(cm)*L(cm) / 100
      Poids = longueur puissance trois divisée par cent.

      Sur notre parcours en faisant la moyenne sur plusieurs saisons avec une maille à vingt cinq centimètres.La taille moyenne des truites est de vingt neuf centimètres. Elle pèse 29*29*29 /100 = 243,89gr = 240gr.

      Voilà on a la productivité, le poids des surdensitaires remises à l’ouverture, la longueur la largeur du parcours le poids moyen des truites prélevées et le nombre de pêcheurs.

      Largeur moyenne du parcours : dix mètres.
      Mauvaise année : P = 4*10 * 15 (longueur du parcours) + 400 kg (surdensitaires de l’ouverture) = 1000kg de truites
      Bonne année : P = 6*10 *15 + 400 = 1300kg de truites

      Nombre de truites par pêcheur :

      Mauvaise année : 1000 : 0,240 : 400 = 10 truites
      Bonne année : 1300 : 0,240 : 400 = 13 truites par an

      Je rappelle que ces chiffres sont largement surestimés puisque l’on considère que la productivité totale est prélevée plus les quatre cent kilos de truites de bassine.

      J’ai repris les calculs à partir des biomasses réelles de pêches électriques effectuées par Le CSP sur notre rivière.Je l’ai fait également en se basant sur les vésicules résorbées en simulant le grossissement par calcul théorique.

      Ensuite il suffit de diviser les biomasses par deux pour avoir la productivité ( ne pas oublier de convertir les kg/ha en kg/km pour les biomasses du CSP). Quelle que soit la méthode de calcul les chiffres seront toujours autour de dix (entre six et douze)par an pour notre société de quatre cent pêcheurs.

      Cette démonstration est très théorique mais elle se rapproche étrangement du nombre de prises déclarées par pêcheur ( quarante pour cent moins de dix truites ) soixante dix pour cent des pêcheurs prennent moins de vingt truites par an pourtant si vous annoncez à l’assemblée générale une limite annuelle à vingt truites je ne vous dis pas la réaction. On vous traitera d’intello totalement déconnecté du terrain, de pêcheur du dimanche etc..

      Une information des pêcheurs est nécessaire surtout les jeunes qui pêchent plus pour la qualité que pour la poêle à frire. La limite annuelle est la seule solution pour convertir la pêche publique à la française en pêche de qualité à moindre prix pour tous. Le débat sur le no kill n’existe plus. Le pêcheur choisit et prend son poisson en fonction de son humeur du jour : Je suis de bonne humeur, je remets tout à l’eau ; je suis de mauvaise humeur, je garde la truite à trente ou même à vingt cinq si je suis particulièrement énervé.

      Le pêcheur touriste ou occasionnel ne vient pas pour viander mais pour avoir une qualité de pêche. Ce qu’il ne trouve pratiquement jamais sur les pêches publiques françaises. Les revues de pêche généralistes et spécialisées devraient participer et ouvrir le débat sur cette notion de limite annuelle. Je pense que beaucoup de pêcheurs de carnassiers sont prêt à accepter de telles mesures pour améliorer la qualité de la pêche chez nous au pays.

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