L’alose Bigoudène


    26 mai 2006 par Florent Million

      Bien que très connue et prisée des pêcheurs du littoral du sud-ouest de la France, l’alose est présente pratiquement sur toutes les côtes françaises, y compris méditerranéennes. J’avais parfois entendu parlé de ce poisson . Les revues spécialisées n’en faisant pas leur Une, je ne m’étais jamais vraiment intéressé à cette espèce migratrice de taille plutôt sympathique. Il est vrai que lorsqu’on parle de migrateur, nous sommes trop souvent obsédés par le saumon ; l’alose , le « saumon du pauvre » , n’étant que très rarement citée.

      L’an dernier, absent au moment de la période de remontée des aloses, j’étais bien décidé cette année à ne pas rater une miette de ce spectacle. Fin avril, dès les prémices, je me levais aux aurores pour me rendre en compagnie de Franck (Renault) au bord du Blavet à Inzinzac-Lochrist dans le Morbihan.

      alose Bigoudène

      C’est sans certitude ni conviction mais enthousiastes que nous sommes partis, Franck et moi, à la découverte de ce poisson apparemment quelque peu oublié (ou boudé) en Bretagne. A notre arrivée, nous avons constaté à notre grand étonnement que les lieux étaient déserts. Les poissons seraient-ils déjà passés ? Un simple coup d’œil dans le courant qui coulait à nos pieds suffira pour nous rassurer. Elles sont là. C’est « noir de poisson ». Hormis la densité d’aloses, c’est l’absence de pêcheurs qui nous surprend le plus. Nous sommes bien loin du traditionnel défilé de l’ouverture de la truite, pourtant je parle ici de poissons sauvages et de migrateurs. Ah oui ! J’oubliais que l’alose, parent pauvre du saumon, était un plat moins raffiné.

      Notre collègue Yann du magasin « Breizh Pêche » de Lorient nous avait prévenu quant à la combativité de ce poisson et à l’importance d’avoir sous la main une bonne réserve de backing. Bon élève, je l’avais écouté avec quand même un gros doute sur ce dernier point. Côté canne , j’avais opté pour une 9’6 soie de 8 flottante et un bas de ligne plongeant à la différence de celui de Franck. Question mouches rien de bien révolutionnaire, des grosses mouches noyées oranges lestées sur hameçon carpe de taille 02 et 04.

      mouche à alose

      Le matériel vite préparé, je me précipite au bord de l’eau gagné par une certaine excitation. Voyons ce que ce poisson a dans le ventre. Ma première dérive est surtout destinée à mouiller ma mouche. Sur la seconde, je m’applique. La soie marque un temps d’arrêt. Je ferre par réflexe. Pensant avoir accroché le fond, c’est au moment où le fond remonte le courant que je comprends que ma première alose est au bout de ma ligne. C’est gros, puissant et rapide.

      Mon alose remonte le courant jusqu’aux vannes du barrage. Impossible de la faire monter en surface. La canne se tord flirtant avec son point de rupture. Sans crier gare, le poisson décide de traverser la rivière et dévale en utilisant la veine d’eau la plus puissante. Le moulinet chante sa mélodie. Et voilà que commence une superbe « balade » au bord de l’eau. La bobine se vide. J’ai au moins quatre vingt mètres de backing dehors. Je suis surpris, voire quelque peu décontenancé, par la combativité du poisson. Après avoir mal géré le début des hostilités je me retrouve dans une situation délicate. Je doute d’arriver à mes fins.

      Ce qui devait arriver arriva. Après avoir descendu cent mètres de rivière sans avoir pu gagner un mètre de soie, le poisson se décroche et gagne le bras de fer. Ce premier contact donne une irrésistible envie de renouveler l’expérience. L’analyse rapide du profil du poisson renseigne sur sa puissance, un corps large mais avec une faible épaisseur, le tout associé à une queue en « V » effilée : le cocktail parfait pour aller vite.

      alose Bigoudène

      Durant cette matinée de pêche nous avons touché une trentaine de poissons chacun. Leurs tailles allaient de quarante cinq centimètres à soixante cinq centimètres. Sur la quantité touchée seulement un tiers sera mis au sec. Cela s’explique par la combativité de l’alose mais aussi par le fait, ne le cachons pas, que beaucoup ne sont pas prises par la gueule. Ma seule explication est que lorsque nous ferrons, toujours à la touche je le rappelle, le poisson se décroche et la mouche vient harponner son voisin car les aloses évoluent en banc très serré. Un poisson harponné arrive très rarement jusqu’à l’épuisette.

      Ces quelques lignes pourraient donner l’impression que la pêche de l’alose est simple. Je me dois de préciser que nous avons bénéficié de conditions de pêche idylliques. Le poisson venait juste de remonter (un ou deux jours d’eau douce) et qu’il n’y avait que très peu de pêcheurs. Le poisson était concentré dans certains courants et le banc était énorme. Qui plus est, nous avons péché les aloses dans un mètre d’eau ce qui fait que nous pouvions les voir monter sur nos mouches. Je ne suis pas certain que ce soit partout et en toutes circonstances la même chose. Ce qui est certain c’est que ce poisson a toutes les capacités d’un poisson sportif. Après cette première découverte, je m’étonne que l’alose ne bénéficie pas d’une plus grand notoriété. Si elle n’a pas le prestige et la beauté du saumon, je peux néanmoins affirmer qu’elle en a la combativité.

      alose

      Les remontées intéressantes d’aloses sont assez brèves dans le temps. Mi-avril et l’ouverture du migrateur marquent le début de la bonne saison qui ne dure que quelques semaines. Un mois plus tard et ... c’est trop tard !

      Si vous avez l’occasion de pêcher l’alose n’hésitez pas, lancez vous ! Si vous êtes attirés par une expérience de pêche de migrateurs à un prix raisonnable alors ce poisson est LA solution.

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