Au secours des thons méditérranéens


    Aidez - nous à les sauver !


    septembre 2006 par le Big Game Fishing Club France

      Les thons rouges géants (Thunnus thynnus) de la Méditerranée sont parmi les plus grands poissons des océans. Connus et pêchés depuis la plus haute antiquité (Aristote , dans son Histoire des Animaux, les considérait comme une des merveilles de la Nature), les thons méditerranéens qui, pendant plus de quarante siècles, ont fourni des protéines riches, abondantes et renouvelées tous les ans, à toutes les populations riveraines de la “Grande Bleue”, risquent de disparaitre à jamais.

      Une espèce menacée

      En ce début de troisième millénaire, le compte à rebours de la disparition programmée des thons géants méditerranéens a commencé, et il se pourrait bien qu’en moins d’un quart de siècle l’extinction de l’espèce soit consommée. Pourtant, 2700 ans avant notre ère, les Phéniciens les pêchaient déjà ; les Grecs, puis les Romains, grands amateurs de poissons, perfectionnèrent les méthodes de capture et c’était par dizaines, voire centaines de tonnes, que certaines madragues ou thonnaires siciliennes, tunisiennes ou espagnoles, capturaient ces poissons. Au temps de l’Empire byzantin, la Corne d’or fut ainsi nommée à cause des quantités phénoménales de grands thons qui étaient capturés dans les détroits du Bosphore, lors de leurs migrations saisonnières entre la Mer Noire et la Méditerranée. Pendant les siècles qui suivirent, les pêcheries fixes installées sur tout le pourtour de la “Mare Nostrum” prélevaient des quantités considérables de thons consommés frais, salés, puis conditionnés en boites, mais sans que la pérennité de la ressource ne soit jamais mise en danger.

      Un enjeu économique

      Ce n’est qu’à partir de la fin du XX eme siècle que la surpêche a réellement commencé. Alors que le thon, dont la plus grande partie finissait en boites, était jusque là une nourriture relativement bon marché, à partir des années 80, avec la mode des Sushi bars et autres restaurants japonnais, il est soudainement devenu, dans le monde entier, un mets à la mode, sinon de luxe. Dans le même temps les flottes de thonniers se modernisèrent et l’électronique embarquée (GPS, écho-sondeurs, radars à oiseaux), la puissance des moteurs, l’autonomie des flottilles et les reconnaissances de bans de thons par petits avions (+ de 50 pour la Méditerranée), n’allaient laisser aucune échappatoire aux poissons.

      La découverte, il y a une vingtaine d’années, des deux principales zones de frayères méditerranéennes au large de la Sicile et des Baléares, et l’exploitation facile des poissons à ce moment de leur cycle, allait très rapidement faire chuter les captures dans l’ensemble du Bassin. Depuis 2001, c’est la troisième zone de reproduction connue (et peut-être la dernière), située dans les eaux territoriales lybiennes, qui est surexploitée par les senneurs français, espagnols et italiens. Pour deux à trois mois de campagne dans les eaux du colonel Khadafi, les armateurs payent l’autorisation de pêche jusqu’à un million d’euros par bateau. Et les prix faramineux de ces “permis” de pêche sont généralement remboursés dès le premier ou deuxième coup de senne. Car ces thons méditerranéens ne terminent plus en sashimi, comme il y a encore seulement cinq ou six ans, dans les Sushi bars parisiens, londonniens ou new-yorkais, mais sont, après avoir été capturés vivants sur leurs zones de reproduction, transvasés dans d’immenses cages marines où ils sont engraissés jusqu’à un état d’embonpoint optimum. Leur prix, alors, dans les meilleurs restaurants de Tokyo ou Kyoto, n’a plus de limite. Un thon de 250 kg, capturé en Lybie et engraissé en Sicile, a atteint l’année dernière, à la “criée” (enchères) de Tokyo le prix astronomique de 170 000 $ soit environ 140 000 euros. Oui, vous avez bien lu, 140 000 euros pour un poisson, ce qui met le kilo de thon à 560 euros, et les parties nobles de la bête (ventre ou toro pour les Japonnais) à plus dix fois ce coût dans l’assiette. Si ce prix est exceptionnel, la plupart des milliers de thons capturés vivants dans les sennes, et engraissés ensuite, sont aujourd’hui valorisés à hauteur de 10 à 30 000 euros pièce sur le marché japonnais.

      Il existe aujourd’hui 58 élevages d’une capacité de 52 000 tonnes, dans 11 pays, chiffre à comparer avec les 32 000 tonnes attribuées officiellement pour la Méditerranée / Atlantique Est, pour chacune des années 2003 à 2006.

      L’an dernier, à la même époque, les captures en Lybie s’élevaient à 9 000 tonnes contre 1 000 cette année.

      En outre, il faut 12 kg de poisson fourrage pour faire un kilo de thon rouge, d’où une pression accentuée sur ces poissons (maquereaux, anchois,etc), avec déjà une surpêche dans plusieurs pays.

      Comme la demande est énorme, et que seuls les thons méditerranéens sont en mesure de la satisfaire, la survie de l’espèce ne semble pas peser lourd dans la balance, face à de tels enjeux économiques. D’après différentes sources autorisées, les 255 senneurs qui opèrent en Méditerranée auraient capturé en 2005 au moins 45 000 tonnes de thons, alors que le quota maximum autorisé est de 32 000 tonnes. (Quota d’ailleurs supérieur de 23% aux recommandations des scientifiques).

      Une prise de conscience des pêcheurs sportifs

      Dans le même temps les pêcheurs sportifs de “tout-gros” en Méditerranée ne prennent plus rien. Depuis 1999 tous les championnats de France de Pêche au thon, organisés sur le littoral provençal ou languedocien, se sont soldés par des bredouilles. Rappelons que dans les années 70/80, lors de championnats sportifs régionaux, cinquante bateaux inscrits capturaient en moyenne une centaine de thons en trois jours de pêche. Le nombre de thons rouges de plus de 100 kg pris en pêche « loisir » en Méditerranées, de Collioure à Menton, a chuté dramatiquement : 2001 :290 ; 2002 :153 ; 2003 : 98 ; 2004 : 27 ; 2005 :3. (chiffres communiqués par la Fédération Française de Pêche en Mer). Mais au-delà de ce fiasco touristico-économique pour les ports de plaisance méditerranéens, c’est bien réellement à la survie de l’espèce que le Big Game Fishing Club France essaie de sensibiliser les autorités maritimes et l’opinion publique.

      Déja en 1974 Pierre Clostermann (Président fondateur du BGFCF en 1965) s’inquiétait de la survie des thons méditerranéens et encourageait les membres du Club à relâcher les poissons qu’ils capturaient sportivement (à la canne et au moulinet) après les avoir “marqués”. Ce sont en effet les marquages des pêcheurs sportifs qui ont apporté la preuve qu’un fort pourcentage de grands thons originaires de la côte Est des Etats-Unis et du Canada traversent l’Atlantique en suivant le Gulf-Stream et pénètrent en Méditerranée. C’est un thon de 500 kg, marqué en 1970 à l’occasion d’un concours de pêche au large de l’Ile du Prince Edouard (Province maritime canadienne), et recapturé deux ans plus tard dans le golfe de Gabès, en Tunisie, qui démontra aux scientifiques et gestionnaires de la ressource que la distinction entre le stock de thons “Ouest-Atlantique” (Etats-Unis et Canada) et le stock “Est-Atlantique” (Europe et Méditerranée) était trés virtuelle. Pendant les vingt ou trente années qui suivirent ce premier marquage, des milliers de thons furent marqués sur les côtes américaines, mais seulement quelques dizaines furent recapturés en Méditerranée. En effet les marques “conventionnelles”, utilisées jusqu’en 2000 environ, nécessitaient que le thon soit repris (en général par un pêcheur professionnel) et “déclaré” pour qu’on connaisse l’endroit où le poisson avait été marqué et l’endroit où il avait été repris. En fait les pêcheurs professionnels méditerranéens comprirent vite que tant que les thons “américains” continueraient d’alimenter leurs quotas, il valait mieux ne pas retourner les marques, pour que les instances internationales ne réduisent pas leurs quotas de capture alloués ... et depuis cinq ou six ans que les prix flambent, comme par hazard, on ne retrouve plus de thons marqués en Atlantique dans la Méditerranée.

      Or, pour bien gérer une population ou un stock au niveau international il faut connaitre les migrations de cette population, ses cycles de reproduction et ses capacités d’engraissement. Impossible de prendre des mesures restreignant la surpêche en Méditerranée si on ne démontre pas quel pourcentage de thons atlantiques va s’y reproduire. C’est ici que la biotélémétrie et le suivi des poissons marqués par satellite, sans qu’il soit nécessaire de les recapturer, va permettre sinon de sauver l’espèce, du moins de prendre des mesures, au plan international, de restriction de pêche et de protection des poissons “méditerranéens”.

      Au secours des thons méditérranéens

      Les biologistes américains ont depuis cinq ou six années mis au point des marques électroniques appellées “Pop up” pré-programmées pour se détacher de un à 12 mois après avoir été implantées sur un thon. Plus besoin de reprendre le poisson, et bien plus intéressant encore, pendant toute la période pendant laquelle le thon a gardé son émetteur, on connaitra tout de ses déplacements. Une fois détaché, dès que l’antenne est hors de l’eau, le “pop up tag” va en effet émettre vers une balise Argos toutes les informations qu’il a emmagasinées, jour après jour. La position journalière du poisson, le rythme de ses battements cardiaques, sa température interne (contrairement à l’immense majorité des poissons les thons sont comme les mammifères ou les oiseaux capables d’élever leur temperature corporelle de plus de dix degrés par rapport au milieu ambiant....) et beaucoup d’autres paramètres physiques ou biologiques utiles aux chercheurs.

      Les actions conjuguées du Big Game Fishing Club de France et des ses partenaires

      Le hic, c’est que ces “pop up tags” coûtent chers, environ 4 500 $ soit 3800 euros la marque, et c’est ici que le BGFCF intervient. En collaboration avec une équipe américaine de scientifiques spécialistes du marquage des thons, une trentaine de ces marques électroniques trés sophistiquées vont être mises à la disposition des chercheurs.

      A l’initiative du BGFCF une campagne de marquage va en effet être organisée fin aout-début septembre dans le golfe de Rosas en Espagne, où une dizaine de membres mettront leurs bateaux et leurs compétences halieutiques et sportives à la disposition des scientifiques pendant une semaine. Capturés à la ligne, les gros thons peuvent en effet être rapidement (quand on sait faire) amenés au bateau, pour être “implantés” et aussitôt relâchés.

      La grande spécialiste mondiale, Dr Barbara Block, professeur en sciences marines à la Stanford’s Hopkins Marine Station et fondatrice-directrice de la Tuna Research and Conservation Center, supervisera les opérations avec des scientifiques de son équipe.

      Au secours des thons méditérranéens

      Une deuxième campagne de marquage électronique aura lieu à Majorque fin Septembre, sur des thons juvéniles. 35 marques minimum seront implantées par chirurgie. Il s’agit de marques différentes, dites « archives », qui ne se détachent pas, mais peuvent rester actives durant plusieurs années, avec l’inconvénient que l’exploitation des données enmagasinées ne peut se faire que si le thon est repris et la marque renvoyée aux scientifiques.

      Si nous arrivons, avec des conditions météo favorables et des captures suffisantes de grands poissons, à implanter la trentaine de marques “Pop Up” et les 35 « archives » dont nous disposons, nous devrions, d’ici le milieu de l’année prochaine, avoir une meilleure connaissance des migrations de reproduction de ces grands poissons, migrations qui conditionnent la survie de l’espèce. Les “gestionnaires” gouvernementaux de la ressource “thon” méditerranéenne, ne pourront plus, dès lors que les résultats seront publiés, se retrancher derrière l’alibi bien pratique de deux stocks bien distincts, pour autoriser à leurs pêcheurs des quotas de capture indécents, et qui plus est, non respectés, et très rarement sanctionnés.

      Ils devront penser long terme, et plus seulement court terme politique, et prendre des mesures urgentes :

      - réduction des quotas,
      - mise en place d’une période d’interdiction de pêche pendant les périodes de frai (du 15 Juin à fin Juillet minimum),
      - moratoire sur l’installation de nouveaux élevages,
      - respect des tailles minimales de capture basées sur la biologie, notamment la maturité sexuelle,
      - mise en place d’un réseau de surveillance.

      Le Big Game Fishing Club France est heureux et fier de contribuer ainsi au sauvetage de nos grands thons.

      Pour plus d’informations et/ou si vous souhaitez apporter votre soutien à cette opération de sauvetage, contacter Mme Chantal PARACHINI - Contact presse - Mob. 06.11.47.75.17 - Chantal.parachini@noos.fr

      BIOLOGIE

      A bien des égards, ce magnifique poisson, Qu’Aristote considérait déjà dans son Histoire des Animaux comme une des merveilles de la nature, constitue encore aujourd’hui une énigme pour les scientifiques. Alors que l’espèce est inlassablement poursuivi par les pêcheurs professionnels, et actuellement proches, d’après certains,
      de l’extinction, nous n’avons pu encore percer tous les secrets de ses fantastiques migrations, pas plus que de son taux de croissance exceptionnel. Dans L’Atlantique Nord, le thon rouge atteint le poids moyen de 4 à 5 kg dès sa première année, environ 100 kg à 6 ou 7 ans et 300 kg entre 12 et 15 ans. Les poissons de 600 ou 700 kg capturés au large de Terre Neuve ou de la Nouvelle Ecosse, seraient agés d’une trentaine d’années. En Méditerranée la vitesse de croissance pourrait être plus rapide encore...

      Les femelles atteignent leur maturité sexuelle à l’âge de quatre ou cinq ans seulement, alors qu’elles font
      largement plus de 30 kg ou 40 kg et représentent depuis longtemps une aubaine pour les pêcheurs professionnels. Selon leur âge et leur poids, les femelles pondent de un à trente millions d’oeufs, qui, aussitôt fécondés, sont abandonnés aux courants. Les oeufs sont petits, comme une tête d’épingle (moins d’un millimètre de diamètre pour une espèce qui peut atteindre
      la tonne) et flottent entre deux eaux à un mètre ou deux sous la surface. La larve qui en éclot grossit encore plus rapidement, non sans avoir,
      au cours de ses premières semaines d’existence, payé un trés lourd tribu à tous les petits poissons pélagiques planctonophages (anchois, sardines,
      maquereaux etc.) qui deviendront à leur tour plus tard la principale source de nourriture des rescapés de ce grand festin toujours renouvelé des océans.

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